Etudes de composantes interactives multimodales de la conversation entre 5 jeunes adultes avec Trisomie 21 et leurs interlocuteurs ordinaires 2015

Auteur(s)

  • C. Peyronne
  • E. Pierre

Référence

Etudes de composantes interactives multimodales de la conversation entre 5 jeunes adultes avec Trisomie 21 et leurs interlocuteurs ordinaires, Mémoire présenté en vue du Certificat de Capacité d’Orthophonie, Université Lyon 1, ISTR, 2015

Domaines de recherche appliquée

Thématiques

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Résumé de l'auteur

Bien que certains chercheurs se soient intéressés à l’analyse des échanges entre les personnes avec une déficience intellectuelle et les personnes « ordinaires », peu de recherches se sont axées sur l’analyse des gestes et des actes de dialogue entre un adulte avec Trisomie 21 (T21) et un adulte « ordinaire », qui plus est inconnu. Notre travail a pour objectif de comprendre les mécanismes de l’interaction entre ces deux populations afin d’orienter la prise en charge des difficultés communicatives de ces personnes. Ainsi nous avons analysé les interactions verbales et gestuelles entre cinq jeunes adultes porteurs de T21 et cinq locuteurs ordinaires de même âge et genre. Chaque dyade a interagi pendant deux séances d’une heure, à une semaine d’intervalle. Les séances débutaient par 10-15 minutes de conversation libre suivies d’une tâche collaborative (e.g. faire dessiner à l’autre un personnage). Nos analyses ont porté sur l’analyse des temps de parole, des actes de feedbacks (e.g. le retour sur sa propre contribution ou sur celle de l’autre), des gestes manuels (discursifs, déictiques et représentatifs), des actes de gestion de l’information (don d’informations, questions, réponses) et des actes de gestion de l’action (requêtes, suggestions, engagements à agir). Nous avons observé que les participants avec T21 ne produisent pas les mêmes actes dans l’échange que les participants ordinaires. Les actes de feedback notamment, importants en ce qu’ils rythment l’échange et assurent au locuteur d’être compris, ne sont que très peu utilisés par les personnes avec T21. Nous observons aussi, en accord avec les résultats antérieurs, une dominance des questions chez la personne ordinaire et des réponses chez la personne avec T21. Les résultats de notre étude suggèrent que la prise en charge des difficultés communicative de ces personnes pourrait inclure des aspects plus pragmatiques, liés aux mécanismes interactifs (production de feedback, prise d’initiative, meilleure implication du geste manuel). Ces aspects pourraient aussi être soutenus par l’utilisation de supports adaptés.

Commentaire du Centre Ressources

L’objectif de ce travail est d’orienter les professionnels et en particulier les orthophonistes vers une approche interactive des troubles de la communication chez les personnes avec T21. Il a été encadré par les porteuses du projet ComEns (« Communiquons Ensemble »), M. Dohen et A. Rochet-Capellan et constitue une première étape d’un travail plus large visant à déterminer les éléments situationnels qui influencent la communication des personnes avec T21. Il s’inscrit dans la suite de travaux sur les interactions communicatives des personnes avec une déficience intellectuelle, rapportés dans la partie théorique du mémoire. Ce travail est important relativement à l’intégration des personnes avec T21 dans la société car, contrairement aux travaux antérieurs similaires, il implique des interactions entre une personne avec T21 et une personne ordinaire et sans aucune familiarisation, ni connaissance approfondie de la T21. L’objectif est de travailler sur les interactions non-institutionnelles et non-familiales, susceptibles d’advenir au quotidien. Ce travail introduit aussi une méthode originale, couplant conversation libre et tâche collaborative et des analyses basées sur des annotations de la parole et de la gestualité manuelle. Les supports méthodologiques (questionnaires, formulaires, grilles d’annotation) sont fournis en annexe. Le premier point important est qu’on constate une très bonne capacité des personnes avec T21 à interagir avec une personne inconnue : bien que souvent dominé par les questions de l’interlocuteur ordinaire, un dialogue a lieu entre les deux personnes et elles sont capables de collaborer pour réaliser une tâche collaborative. De plus, si les personnes avec T21 posent peu de questions en situation de conversation libre, elles sont capables de donner des instructions et des directives dans la tâche collaborative. On peut pointer deux limites méthodologiques de ce travail : bien que plutôt naturelles, les interactions se sont déroulées dans un cadre contrôlé: celui d’un protocole de recherche. On peut se demander si les personnes se seraient comportées de la même manière en situation complètement écologique. Ces analyses sont préliminaires et devront être approfondies par des analyses plus fines et l’implication d’une population plus large. Ce travail est en lien direct avec les professionnels de la prise en charge des difficultés communicatives étant donné qu’il a été réalisé dans le cadre de la formation de deux étudiantes en orthophonie, avec un souci d’imbriquer recherche et pratique. L’association ARIST a aussi suivi de près le projet et les professionnels de l’ESAT-SAJ de l’ARIST ont collaboré à sa réalisation.